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| Numérisation |
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| Écrit par Tivoniaina |
| Vendredi, 01 Janvier 2010 00:30 |
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L’enjeu des documents malgaches
Il y a quelques jours de cela, un article paru dans nos colonnes parlait de la mise en ligne de quelques documents anciens libres de droit concernant Madagascar. On parlait alors de l’adéquation d’une telle initiative, surtout par rapport à une pénurie de documents, vue leur raréfaction progressive constatée par les chercheurs. Cependant, un autre problème - et non des moindre – a été soulevé à la suite de cette article. « Une bibliothèque malgache, en malgache, un jour ? », titrait alors Pierre Maury, administrateur du blog Cultmada consacré à l’actualité culturelle malgache et responsable de la mise en ligne desdits documents sur le site « http://www.bibliothequemalgache.com ». C’est une réaction induite par la « réflexion pertinente » de la rédaction du site Haisoratra qui disait qu’« il reste à faire la numérisation des textes et livres anciens en malgache et libres de droit ».
Saintes écritures
En apparence, ce propos s’adresse à Pierre Maury. D’ailleurs, c’est dans cette perspective qu’il réagit en évoquant la disponibilité d’un fonds documentaire en malgache libre de droit. En outre, il invoque « les limites linguistiques qui sont les siennes ». Ce cas même montre que les Malgaches eux-mêmes doivent s’y investir pour aboutir. En réalité donc, cette réflexion leur est destinée. En effet, c’est leur relation particulière à l’écriture qui est l’une des origines de ce problème. Dans la subconscience malgache, le « soratra » (l’écriture) est sacrée. Pour s’en convaincre, il suffit de remonter aux périodes du royaume merina. Effectivement, le « soratra » était aussi une danse rituelle réservée au groupe statutaire Andriantompokoindrindra. Chez les islamisés du Sud-est, l’écriture, dont le sorabe, est réservée aux sages.
Ecriture, source de connaissances
L’écriture est donc ici conçue comme une source de connaissances et de toutes connaissances - quelles qu’elles soient - et est source de pouvoir. Dans cette perspective, l’écriture était réservée à une poignée de gens influentes de la société. Elle confère alors une identité sociale voire politique. Certes, cette société a évolué depuis le règne de Radama Ier (1810 – 1828), à partir duquel l’écriture est démocratisée. Toutefois, sa conception et surtout ses teneurs restent encore identitaires. C’est ainsi que les documents concernant Madagascar et les Merina en particulier sont difficilement trouvables. Pourtant, ils sont bien plus que nombreux. Effectivement, mise à part l’initiative des missionnaires, la première moitié du XXème siècle fut une période très fertile quant aux ouvrages concernant l’histoire et la société.
Histoire familiale
La nouvelle intelligentsia prend conscience de l’importance des histoires écrites de la société malgache par les Malgaches. La formation qu’ils ont reçue des missionnaires protestants, surtout, plaide pour cette approche. Cependant, dès les années 80, elles sont devenues introuvables. Certes, leur tirage limité y est pour quelque chose mais les vols de livres constants les font disparaître des rayons des bibliothèques. C’es ainsi qu’on ne les retrouve plus que dans les collections privées. Souvent, ceux qui les détiennent sont concernés par leurs contenus dont l’histoire familiale et ancestrale. A part le souci par rapport à un patrimoine matériel absolument à sauvegarder, la divulgation d’informations constitue un autre un enjeu majeur. La vieille habitude qui consiste à garder secrète l’histoire reprend ses droits. Connaître le passé est conçu comme un immense privilège et celui qui en connaît le maximum gagne l’estime de toute la grande famille. On se plaît alors à raconter le passé et les anecdotes en passant par les arbres généalogiques tout en s’abstenant de citer ses sources. On acquiert alors le statut de celui qui détient la connaissance ô combien importante pour la grande famille. Dans cette perspective, bien qu’ils soient libres de droit, il est presque impensable de retrouver en ligne des documents en malgache concernant les Malgaches. Heureusement que l’Etat en détient par l’intermédiaire des Archives Nationales. On espère qu’un jour leur numérisation se fera intégralement.
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