Monsieur Roland Rakotovao a présenté, dans le cadre de la communication de l’Académie Malgache, le thème « Anarandray et tanindrazana à Madagascar.
 L’identité des migrants Betsileo du Nord en Imerina pendant la période coloniale (1895-1960) ». Cette thèse de doctorat qu’il a soutenue à Paris VII en 2008 analyse l’évolution de l’identité d’un groupe migrant du Bestileo du Nord des régions du Fisakana et d’Ambositra pendant la période coloniale. Sa recherche porte notamment sur les jeunes membres de ces groupes qui continuent leurs études à Antsirabe et à Antananarivo et constitueront plus tard l’élite de cette société. La problématique tourne autour de l’identité des migrants, les mécanismes de déplacement, l’enjeu de l’Anarandray et du Tanindrazana.
D’abord, qu’une identité propre s’est ancrée dans les mémoires collectives des Betsileo du Nord ; fondée sur la base du passé collectif. L’étude des migrants a montré à quel point, l’anarandray reste la préoccupation majeure des Betsileo du Nord, même en migration. C’est la raison pour laquelle, cette institution apparaît comme l’un des principaux fondements de l’identité du groupe et a servi comme instrument de mise en œuvre de cette volonté pour s’imposer dans la société au tanindrazana et pour y marquer une inscription sociale.
Ensuite, la migration ne répond plus seulement au besoin ou à une obligation à cause de la pauvreté, c’est-à-dire l’insuffisance de l’anarandray pour l’ensemble de la famille et du lignage, mais elle devient une tradition, un phénomène qui fait partie intégrante de la société des Betsileo du Nord, comme chez d’autres groupes connus, de par le monde où on peut parler d’une « culture de la mobilité ». C’est ainsi qu’au temps la Deuxième République, les entreprises cherchent à Fisakana et à Ambositra de la main-d’œuvre. Après la période coloniale des mutations s’observent dans la migration des Betsileo du Nord. Leur mobilité ne se limite plus, ni à l’Imerina, ni même à Madagascar, certains aussi bien des élites que des travailleurs sont en effet parvenus jusqu’en France. Maintenant, un nouveau courant de migration apparaît, les migrations saisonnières dans les plaines d’Antananarivo ont disparu, mais encore des migrants temporaires qui travaillent en ville, aussi lorsque des nouvelles mines attractives furent découvertes (comme le cas du saphir à Ilakaka dans le Sud de Madagascar), les hommes du Nord-betsileo, dont ceux d’Imady, ont été les premiers à rejoindre les lieux.
Enfin, pendant la période coloniale, avec la monétarisation de la vie paysanne, nous avons une société en transition dans le Nord-betsileo. Depuis l’indépendance, on attribue aux originaires du Nord-betsileo des identités qui se sont forgées pendant la période coloniale. Une identité se construit également sur l’exemple du « succès » de la majorité des migrants Betsileo du Nord, notamment les élites du Fisakana et les commerçants d’Imady. Ceci a suscité parmi les habitants du Fisakana et d’Ambositra, au-delà d’une grande fierté, un certain élitisme voire une culture de l’excellence.
L’assistance n’a pas manqué d’exprimer la pertinence de la recherche. Des suggestions ont alors été portées sur l’élargissement de cette recherche à d’autres groupes. Une approche comparative et généralisée permettra peut-être d’apprécier l’évolution du rapport que les Malgaches entretiennent avec la terre et leur propre histoire. Bref, c’est une perspective de la recherche sur l’identité nationale. |
Dossiers et reportages