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Antananarivo Madagascar |
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| Interview de Jean-Marc Châtaignier |
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| Écrit par L. Denis Alexandre, Solo Rabefiringa et Tanjona Harijaona. |
| Mercredi, 24 Février 2010 00:00 |
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« Nous avons tout intérêt que Madagascar puisse devenir un dragon de l’Afrique »
Il ya eu la réunion du GIC, suivie de celle du Conseil Paix et Sécurité de l’UA. Certains s’attendaient à des sanctions contre Madagascar mais cela n’a pas eu lieu. Certains observateurs analysent cette absence de sanction comme étant en relation avec le long voyage du Président de la HAT en terre française et avec l’entretien qu’a eu le ministre des Affaires étrangères avec son homologue congolais. Bref, certains disent qu’il y aurait eu un lobbying français pour empêcher Madagascar d’être condamné. Quelle est votre opinion ?
Ecoutez, je pense qu’il n’y a aucune relation entre ces déplacements et les réunions du GIC et du CPS. La France est membre du GIC à côté des membres permanents du Conseil de Sécurité, de la SADC, de l’UA, de la COI, de l’OIF. Et la France n’est pas membre du CPS. Bien sûr, nous défendons nos vues mais on ne peut pas suspecter la France de manipuler ou d’instrumentaliser ces organes. Lors du 14e sommet de l’UA, on a « accusé » le Président de la Commission de l’UA, Jean Ping, d’avoir défendu la position de la France dans la crise malgache. Je n’ai pas à apporter des jugements sur la position des uns et des autres. Je crois à l’honnêteté des fonctionnaires internationaux. Les discours du Président Ping sont suffisamment clairs. Très honnêtement, je ne crois pas à des manipulations, à des instrumentalisations. Jean Ping représente l’UA. Il est indépendant. Nous sommes totalement indépendants de l’UA. Bien sûr, nous dialoguons. Nous pouvons ne pas être d’accord avec une position qu’elle va prendre. Mais de là à suspecter qu’untel ou untel pays, que la France ou d’autres auraient instrumentalisé ces organisations, je ne crois pas une seule seconde que ce soit crédible. C’est comme le cas où les gens essaient d’opposer la France aux Etats-Unis. Or, je peux vous dire que la France et les Etats-Unis ont la même position sur Madagascar. Nous voulons les uns et les autres le retour à l’ordre constitutionnel pour que les Malgaches puissent se prononcer souverainement sur le régime qu’ils veulent mettre en place. Donc, la position de la communauté internationale est une et indivisible, celle d’appuyer Madagascar dans le rétablissement de l’ordre démocratique. Lors de la présidence Ravalomanana, la relation entre France-Madagascar a été jugée difficile. On estime généralement que tel n’est plus le cas actuellement. Qu’en est-il vraiment ?
Ce n’est pas mon rôle de me prononcer sur untel ou untel Président malgache. Nous avons eu une bonne relation avec le Président Ravalomanana. La visite du Président Chirac à Madagascar 2005, une visite d’Etat, est tout à fait exceptionnelle et s’est bien passée. Nous avons des relations normales avec l’Etat malgache. Madagascar est pour nous un pays ami. La France est jugée comme étant un des pays qui soutiendrait la Transition. Si la date du 17 mars arrive sans que la crise soit résolue, est-ce que la France appliquera des sanctions comme celles déjà annoncées par le CPS notamment la suspension des visas aux dirigeants de la Transition ? Ecoutez, je ne peux pas raisonner en négatif. Je veux croire qu’il est encore possible d’arriver à un accord entre les acteurs malgaches pour aller dans l’organisation rapide des élections, pour aller vers ce rétablissement de l’ordre démocratique et constitutionnel. Il faut appuyer les uns et les autres pour trouver un accord. Ce qui est important, c’est de ne pas exacerber les tensions. Comme je l’ai déjà dit le 14 juillet, il faut construire la maison commune malgache (« Tranobe ») et il faut faire en sorte que les uns et les autres se mettent d’accord sur une solution. Des « informations » ont avancé que vous aurez été présent lors d’un Conseil des Ministres ? Est-ce vrai ? C’est impossible. Mais, je ne peux pas assister à un Conseil des Ministres malgache. Un ambassadeur défend d’abord les intérêts de son pays. Je ne peux pas faire cela. Il ne faut pas croire ce qu’on chuchote justement. C’est complètement impossible et inimaginable. En tant que représentant d’un Etat souverain, je ne peux pas m’ingérer dans les affaires d’un autre Etat souverain. Faire courir ce genre de bruits n’est pas respectueux ni de Madagascar ni de la France. Et je suis malheureux que ce type de rumeur puisse avoir cours. Dans les discours de certaines mouvances, on remarque des discours très francophobes, très virulents. Qu’en pensez-vous ? Ecoutez, je me sens calme, tranquille. Nous sommes là pour aider Madagascar et que toutes les actions politiques que nous menons c’est de trouver une solution à la crise. Et que j’ai reçu personnellement les membres de toutes les mouvances qui demandent à me voir. Je rencontre tout le monde et aucun ne tient un discours antifrançais et que chacun, au contraire, reconnaît en la France un rôle plutôt positif et constructif et que nous souhaitons apporter notre pierre à la construction de cette paix pour ce pays cher dans le cœur et dans l’âme de la France. Et je suis très content d’entendre dans leur voix un sentiment francophile, que nous sommes prêts à travailler ensemble comme des partenaires adultes. Comment voyez-vous l’évolution de la coopération entre Madagascar et la France, avant et durant la crise ? D’abord la France a décidé de maintenir son aide et sa coopération au bénéfice de la population malgache. Ceci étant, nous avons été obligés de faire évoluer notre coopération. Par exemple, nous avons été obligés d’arrêter notre aide budgétaire suite à la découverte des malversations au mois de décembre 2008. Eu égard à l’évolution de la situation, nous axons notre aide directement sur la population, sur l’éducation, sur la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement. Sur l’aide alimentaire par exemple, je vais annoncer demain la contribution de la France de deux millions d’euros à travers les activités de la Croix-Rouge Malgache, de la FJKM, du PAM, de l’UNICEF pour qu’ils mettent en place des activités de terrain au bénéfice de la population. Je pense que dans ce contexte de crise, notre aide au développement est plus que jamais orientée en faveur de la population malgache. Je pense qu’il est important qu’on n’abandonne pas dans la crise la population malgache. Ce sont les mêmes faits évoqués par le FMI en janvier 2009. Notre aide budgétaire s’est arrêtée et le restera tant que les choses ne sont pas clarifiées. On a eu une aide budgétaire de 7 millions d’euros avant la crise et je tiens à faire remarquer que nous avons décidé de maintenir le même niveau d’aides en convertissant notre aide budgétaire en aide sociale au bénéfice de la population par le biais du PAM, aux restos du cœur de la Croix-Rouge Malgache, à la FJKM…
Il n’y aurait pas, par hasard, un message politique derrière ce financement à la FJKM ? Nous, nous travaillons avec ceux qui travaillent sur le terrain et le travail de terrain de la FJKM est tout à fait valable comme les actions de l’Eglise catholique, par exemple, celles du Père Pedro, que nous finançons aussi. Ce qui compte c’est que l’aide arrive vraiment au niveau de la population. C’est fondamental. Pour revenir à une question politique. Vous avez remis vos lettres de créance à Andry Rajoelina au lendemain de la signature de l’Acte additionnel d’Addis-Abeba. A l’époque, Andry Rajoelina a été reconnu Président de la Transition, actuellement la situation politique à Madagascar est revenue à celle d’avant les accords politiques. Comment voyez-vous votre situation plutôt ambigüe dans ce cadre-là, en tant qu’ambassadeur ? Mon agrément date de la présidence de Marc Ravalomanana. J’ai présenté mes lettres de créance au Président de la Transition. Nous travaillons avec des Etats. Pour moi, la situation n’est pas ambigüe. Le Président de la HAT a effectué un voyage en France récemment. Est-ce que vous pouvez donner plus de détails sur ce déplacement. C’était une visite privée, elle n’est pas officielle. Dans le cadre de la recherche de solution de sortie de crise, il a rencontré un certain nombre de personnalités françaises dont le Secrétaire d’Etat à la Coopération. Je répète, nous rencontrons tous les acteurs politiques malgaches dans le cadre de la recherche de solution de sortie de crise. Il ne faut pas faire porter à la France la responsabilité de cette crise. Quand les Malgaches n’arrivent pas à s’entendre entre eux, il a des gens qui disent immédiatement que c’est la faute de la France. Pourtant, le problème est ailleurs. Parfois, on utilise la France comme un exutoire, comme un bouc émissaire. Donc, quand quelque chose ne va pas, c’est la faute à la France. Je ne crois pas. Alors, la position de quelques parlementaires français favorables à la cause de la Transition ? Les parlementaires français ont tous les droits d’exprimer leurs points de vue. C’est cela la liberté. Je n’ai pas à commenter ces positions. Mais les opinions particulières n’engagent pas le gouvernement français. Je suis là pour défendre la position de mon pays, selon laquelle nous sommes là pour aider le pays à sortir de la crise. Cette année, on commémore le cinquantenaire de l’indépendance de Madagascar. Comment voyez-vous l’évolution de Madagascar au cours de ce laps de temps ? Je crois que 50 ans marquent une date très importante. Durant la période de colonisation française, il y a eu des erreurs, des crimes ont été commises, que le Président Chirac a exprimé des regrets lors de sa visite officielle en 2005. Maintenant, Madagascar est un pays souverain. Je n’ai pas à commenter ni à faire le bilan de l’évolution du pays. Je crois que 50 ans, c’est une date importante, c’est une possibilité de réfléchir sur ce qui ont été faits, sur la construction de cette maison commune malgache que j’appelle de tous les vœux. Nous ne souhaitons qu’une chose à Madagascar, que le pays retrouve cet ordre démocratique dans lequel tous les citoyens malgaches puissent se reconnaître. Peu importe pour nous la politique interne à Madagascar car finalement c’est aux Malgaches de choisir le régime sous lequel ils veulent vivre.
L’armée malgache participera normalement au défilé du prochain 14 juillet ? On souhaite vivement que Madagascar participe à ces festivités. Comment voyez-vous la coopération entre Madagascar et la France après la crise ? Je crois que la crise va forcement s’achever. J’espère que je serai encore l’Ambassadeur de la France ici et j’espère qu’on aura encore un dialogue le plus constructif possible. Il y aura toujours quelque chose sur laquelle nous ne serons pas d’accord mais sur laquelle nous pouvons dialoguer parce que nous avons des intérêts communs. Nous avons une population française importante à Madagascar et une population malgache importante également en France. Nous devons travailler ensemble pour les intérêts de ces personnes. Nous sommes des pays voisins, la France étant à La Réunion et à Mayotte. Nous avons les mêmes problèmes comme la piraterie ou la lutte contre les grands trafiquants de drogue. Nous avons tout intérêt que Madagascar puisse devenir un dragon de l’Afrique dans lequel il y aura une croissance économique et beaucoup d’investissements étrangers. Je crois beaucoup au développement de Madagascar. Concernant cette question d’investissement, quelle est la priorité de la France en la matière après la crise pour aider Madagascar à devenir un « dragon » ? Madagascar doit d’abord avoir des dirigeants élus démocratiquement. Nous sommes prêts à aider Madagascar pour ce développement économique. Mais la priorité est celle qui est définie par le pays. Après la crise, je crois qu’on devrait renforcer notre action de coopération et nous aiderons le pays pour son développement avec la coopération d’autres partenaires comme les Etats-Unis, la Chine… nous serons à vos côtés. Madagascar doit s’ouvrir sur les marchés européens, américains, asiatiques, sud-africains… Nous, la France, nous ne demandons pas que nos investissements à Madagascar soient privilégiés. Nous demandons simplement qu’on applique les mêmes règles à tout le monde. On n’est pas dans une logique exclusive, on est dans un monde où chacun peut investir. S’il y a une croissance économique élevée à Madagascar, tout le monde sera content. Le Salon FIM sera organisé incessamment dans le pays. La France continuera-t-elle à apporter son aide ? La FIM est un événement important pour les entreprises malgaches et les entreprises françaises. Cette année, nous espérons que la FIM marquera que la France est prête à apporter sa contribution dans le développement de Madagascar. Recueillis par L. Denis Alexandre et Solo Rabefiringa
Photo : Tanjona Harijaona. |
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