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Antananarivo Madagascar |
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| Erosion du sol : Le SCV à la rescousse |
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| Écrit par F.R. |
| Lundi, 19 Octobre 2009 00:00 |
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La population de Madagascar a triplé en 15 ans mais les ressources alimentaires n’ont pas suivi : si le riz constitue la principale denrée malgache, les surfaces rizicoles n’ont pas augmenté en proportion. Les chercheurs de l’Institut de recherche agronomique de Madagascar (Fofifa), de l’Institut de recherche et développement (IRD) et du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) essaient depuis une quinzaine d’années d’adapter la technique agricole dite SCV, déjà éprouvée au Brésil mais peu connue à Madagascar. Reste à convaincre les cultivateurs ! Dans les plaines de l’ouest, les paysans utilisent majoritairement la technique de défriche-brûlis -ou tavy-, une pratique qui favorise la concentration des minéraux dans la terre, améliorant ainsi la fertilité des sols et épargnant à l’agriculteur le travail de sarclage. Une culture de ce type peut fonctionner pendant 3 ans avant que les mauvaises herbes ne prennent le dessus puis s’en suit une très longue période de jachère de dix ans qui contraint l’agriculteur à déménager. C’est donc une véritable agriculture extensive qui nécessite de grands espaces et du temps. Cette technique entraîne une déforestation importante. Elle n’est plus viable au-delà d’un seuil de population de 10 à 20 habitants/km2. Les lavakas : une spécificité des Hautes terres Au centre, les Hautes terres de Madagascar sont le lieu d’une petite agriculture familiale. Devant l’occupation totale des bas fonds irrigués et sous la pression démographique, les paysans ont commencé à cultiver du «riz pluvial» (non irrigué) sur les tanety ou «collines». Ils ont été rapidement confrontés à des problèmes d’ordre géographiques (altitude, précipitations capricieuses etc…) et géologiques car la riziculture des Hautes terres se pratique sur des terrains qui s’érodent facilement. Les tanety, en effet, sont dépourvus d’arbres. Le sol y est couvert d’une mince couche de terre arable, très fertile dans les zones volcaniques mais le labourage, le sarclage ou bien encore le piétinement des zébus qui paissent en liberté, fragilisent la terre. Cette dernière est alors irrémédiablement emportée par les pluies tropicales. A Madagascar, ce phénomène s’appelle la lavakatisation : le sol s’effondre, de grands trous - les lavakas - apparaissent et la roche reste nue, désormais incultivable. Mobilisation des chercheurs pour remédier au problème Pour enrayer ces phénomènes et répondre à la demande croissante de riz, l’Université d’Antananarivo, le Cirad et le Fofifa ont monté, en partenariat, une unité de recherche intitulée « Systèmes de culture et riziculture durable » (SCRID). Ils ont, d’abord, travaillé à la sélection de riz pluvial adapté puis ont testé sur les terrains malgaches une méthode agricole déjà très développée au Brésil : « la culture par semis direct SCV », appelée aussi « agriculture de conservation ». L’appellation SCV a été lancée en 1999 par le Cirad. Elle repose sur trois principes : le premier, la suppression du travail du sol (absence de labour) ; le second, une couverture végétale permanente -appelé officiellement « mulch mort »- constituée de résidus de récolte, de plantes de couvertures, ou de plantes sauvages, de mauvaises herbes naturelles ; et le troisième, le semis direct des cultures à travers le couvert végétal avec un bâton, une pioche ou une angady (bêche locale). Dans le contexte malgache, les cultures SCV avec des variétés adaptées sont testées depuis une petite dizaine d’années dans cinq écosystèmes différents, dont l’un est situé sur les Hautes terres, à quelques kilomètres d’Antsirabe, là où les tanety s’érodent à toute allure. La visite de la ferme expérimentale confirme ce qu’on avait entendu dire : les SCV, ça marche. Vive les vers ! L’adaptabilité du système au contexte et au terroir constitue l’un des principaux avantages des SCV. Cette technique s’applique aussi bien aux petites exploitations familiales qu’aux grandes et s’accommode aussi bien d’un climat tropical humide que sec. Ne plus labourer représente, en outre, une économie de temps et d’énergie, ce qui n’est pas négligeable dans un pays où le zébu est cher et la mécanisation absente. La technique n’est pas incompatible avec l’association d’autres plantes à la riziculture pluviale, permettant ainsi à l’agriculteur de monter son propre système en fonction de ses besoins et possibilités. Il peut ainsi choisir d’associer des légumineuses vivrières et des céréales (manioc), ou bien des plantes fourragères, comme les brachiarias, pour l’élevage de ses zébus laitiers. Les SCV permettent également de limiter l’évapotranspiration par la couverture végétale : les résidus de cultures restant sur le sol assurent, par leur décomposition, le renouvellement des éléments nutritifs nécessaires à la culture suivante. Et, un choix judicieux de légumineuses permet de fixer l’azote atmosphérique dans le sol. Enfin, les cultures, sous couverture végétale, permettent la constitution et l’entretien de la faune du sol avec l’installation de vers de terre qui aèrent, remuent la terre, et remplacent labourage et sarclage. Merci les vers ! Bien monté, SCV peut rapidement devenir rentable Il est vrai qu’à première vue, en visitant les champs expérimentaux SCV, certains peuvent paraître en retard par rapport aux champs traditionnels. C’est que, la première année, le temps que la couverture végétale se décompose, le riz semble un peu plus lent à pousser si on n’utilise aucun fertilisant. Les chercheurs le confirment : quelques engrais au démarrage favorisent la pousse des premières plantes, le temps que la couverture végétale se forme. Ceci constitue un des écueils de l’implantation des SCV à Madagascar : d’une part, les paysans n’ont pas les moyens d’acheter les intrants pour débuter et, d’autre part, ils ne peuvent pas s’offrir le risque d’effectuer une faible récolte. Pourtant, ceux qui travaillent depuis plusieurs années ces champs SCV affirment être satisfaits des rendements et du procédé. En réalité, la réussite d’une culture SCV tient beaucoup au choix des associations entre la culture principale et des plantes de couverture. Il faut décaler les semis, et choisir des plantes qui n’entrent pas en compétition au niveau hydrique ou nutritionnel. Un SCV bien monté peut rapidement devenir rentable et renouvelable sans apport extérieur, donc durable. Et si ça marche, pourquoi attendre ? La culture SCV a fait ses preuves. L’organisation non gouvernementale TAny sy FAmpandrosoana (TAFA) participe depuis le début aux essais en champs et elle est missionnée par le gouvernement malgache pour le faire savoir. Pourtant, la technique ne semble pas séduire les agriculteurs malgaches car il n’est pas facile de convaincre et de changer les habitudes. Le bilan général des cultures SCV est globalement positif. Il procure des avantages agronomiques, en réalisant des couvertures biologiques qui s’auto-entretiennent ; des avantages socio-économiques, en réduisant notablement la durée du travail et de la pénibilité, en absence de labour et enfin, des avantages écologiques et environnementaux, en permettant le contrôle de l’érosion, la préservation des ressources en eau et la séquestration du carbone dans le sol, ce qui, en ces temps de réchauffement climatique et de tractations politico-écologiques, pourraient constituer un bonus inespéré. Recueillis par F.R.
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